Scrutin présidentiel du 31 octobre : KKB un ‘’véritable arrêt de poisson dans la gorge de Bédié ‘’

Dissident du PDCI, Kouadio Konan Bertin, dit « KKB », est candidat pour la seconde fois à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. En 2015, il avait obtenu 3,88 % des suffrages exprimés.

Que son nom figure sur la liste des quatre candidats retenus pour le scrutin du 31 octobre prochain n’a pas manqué d’irriter certains des candidats recalés. Kouadio Konan Bertin fait figure de « petit candidat » face aux vieux pachydermes de la classe politique ivoirienne que sont Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et Pascal Affi N’Guessan, trois adversaires soutenus par une machinerie politique bien huilée. Selon le Conseil constitutionnel, l’équipe de « KKB » a collecté les signatures d’au moins 1 % des inscrits dans 19 des régions de Côte d’Ivoire sur un minimum de 17 exigé. Sa candidature est ainsi retenue de justesse, mais soulève des interrogations. Peu après cette annonce officielle, lundi 14 septembre, beaucoup ont partagé leur étonnement de voir Kouadio Konan Bertin en mesure de pointer pour la course finale alors que de nombreux candidats jugés mieux à même de recueillir les parrainages nécessaires ne les ont pas obtenus. Sur RFI, l’analyste politique Sylvain N’Guessan s’est notamment dit « surpris de voir que M. Kouadio Konan Bertin ait pu réunir les conditions tandis que M. Mamadou Koulibaly [parti LIDER, NDLR] n’est pas candidat ».

Entre les lignes, Alassane Ouattara est accusé par une portion non négligeable de l’opposition et de certains observateurs d’avoir minutieusement choisi cet adversaire, grâce à ses liens supposés avec le président du Conseil constitutionnel, Mamadou Koné. L’accusation est grave, mais les accusateurs l’expliquent ainsi : la candidature de « KKB risque d’affaiblir le PDCI d’Henri Konan Bédié, principal concurrent du président sortant et ainsi favoriser les affaires du RHDP ». « Pour le PDCI, la validation de la candidature de Kouadio Konan Bertin n’est pas une bonne nouvelle, parce qu’il chassera sur les terres de Bédié et pourrait rogner ses voix. […] Il est un gros caillou dans les petits souliers de Bédié, sinon un véritable arrêt de poisson dans la gorge de Bédié », écrit l’hebdomadaire politique et satirique L’Éléphant déchaîné. Pour mettre fin au débat et balayer ces accusations, selon RFI, l’équipe de campagne de « KKB » a mis en ligne une longue vidéo visant à détailler le processus d’obtention des parrainages. Déjà qualifié d’opposant « fantoche », de « marotte du RHDP », l’homme de 52 ans est pourtant décrit par son entourage comme un battant à la trajectoire « cohérente ».

Sauver le soldat Bédié

Fils de planteur de cacao, natif de Lakota, Kouadio Konan Bertin a émergé sur la scène politique en 1999 à la suite du coup d’État du général Guéï contre le président Henri Konan Bédié. À l’époque, cet étudiant en fin de cycle, militant au PDCI, quasiment inconnu et absent des instances du parti, se dresse contre la junte militaire en exigeant le retour de Bédié, exilé en France. « Toute la classe dirigeante au PDCI, que ces personnes aient été députés, ministres, maires, n’a pas existé quand il y a eu le coup d’État de 1999 », se souvient Théodore Konimi, l’un de ses plus proches collaborateurs et fidèles. Alors que les pontes du PDCI veulent enterrer discrètement l’ancien président de la République en lui ôtant la tête du parti, « KKB » est l’un de ceux qui s’y opposent avec ardeur. Par ses prises de position publiques en faveur du rétablissement de la démocratie et en réussissant à sauver définitivement le soldat Bédié de retour d’exil en 2001, Kouadio Konan Bertin gagne en audience dans le cœur des militants du PDCI. Il se rapproche aussi d’Henri Konan Bédié qu’il considère comme son père politique et qu’il choisit pour être témoin à son mariage.

Longuement, il raconte au « Sphinx de Daoukro » comment, dans ses années étudiantes, il s’est opposé à la toute-puissance de la Fesci – la Fédération estudiantine de Côte d’Ivoire –, jugée trop radicale, et dirigée par Guillaume Soro et Charles Blé Goudé, entre autres, en créant la CERAC, la « Cellule de réflexion et d’actions concrètes », chargée de remettre en cause l’omniprésence de l’organisation syndicale sur les campus ivoiriens et de la combattre politiquement. « Les membres de la CERAC se faisaient violemment agresser sur les campus », raconte Sylvain N’Guessan. Ayant obtenu la confiance et l’oreille du président du PDCI, KKB mène une riche carrière au sein du parti centriste. En 2003, il devient, à 35 ans, président des Jeunes-PDCI, et obtient un siège au bureau politique. En 2011, il fait son entrée à l’Assemblée nationale, élu député de Port-Bouët (jusqu’en 2016).

Comment imaginer alors que cet homme, bon soldat du parti et fidèle parmi les fidèles soit devenu, en 2020, une épine dans le pied du PDCI, un frondeur multirécidiviste ? « Il s’est battu pour le PDCI et a l’impression de ne pas avoir été récompensé », résume Sylvain N’Guessan.

C.K

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