Visite d’Etat, expulsion de Nathalie Yamb, mouvement de contestation à Lider… :  Karamoko Lancina se lâche : «On ne peut pas me dégager de là où je ne suis pas»

Depuis le mouvement de controverse constaté au sein du parti dont il avait les rênes, Karamoko Lancina parle pour la première fois. Sans minimiser l’action des contestataires, il pense que le pays n’a que faire des querelles intestines d’un courant de pensée au sein du Rhdp. Entretien.

Le président de la République vient d’achever une visite d’Etat dans le Hambol. A cet effet, il lancé un message fort à l’endroit de la classe politique, à savoir qu’il voudrait bien se retirer, toutefois, si ceux de sa génération sont candidats, il le sera également. En tant qu’homme politique, qu’est-ce que cela vous inspire-t-il ?

Ça m’inspire deux choses. D’abord, c’est la preuve qu’il est éligible selon notre constitution, et il vient de le réaffirmer. Il faut que tout le monde  sache que le président Alassane Ouattara est éligible selon la loi fondamentale qui est la constitution qui a été largement votée en 2016. Ça c’est la première des choses. La deuxième chose, est qu’il montre toute sa volonté et sa bonne foi de céder le pouvoir après ce deuxième mandat, à une nouvelle génération. Mais en même temps, il interpelle les anciens présidents qui veulent revenir. Je veux parler de Laurent Gbagbo, je veux parler d’Henri Konan Bédié et leur dire qu’effectivement il faut laisser la place aux jeunes. Ce n’est pas en allant dans le tombeau qu’on va laisser la place aux jeunes. Il faut leur laisser la place maintenant, les encadrer pour qu’ils puissent profiter des expériences qu’ils ont connues. Donc à ce titre, il voudrait vraiment se retirer et laisser la place à une nouvelle génération comme il l’a si bien dit. Parce que quand on remarque, à travers le monde, les présidents sont de plus en plus jeunes et les jeunes sont de plus en plus précoces. Je salue cette hauteur et c’est la confirmation que le président Ouattara est vraiment un grand démocrate. Malgré le fait que la constitution lui donne le droit d’aller à un autre mandat, il est prêt à laisser la place aux jeunes. Mais en même temps, il y a un message fort qui dit que je ne veux pas que le grand travail que nous avons abattu ces dix dernières années après dix autres années de crise,  et sept autres années de mauvaise gestion (je veux parler du temps de Bédié), revienne aux mains de ceux qui ont été à la base de cette mauvaise gestion et de ces crises à té pétition. Alors, s’ils veulent se représenter, moi aussi, je me représente pour les battre et continuer à servir le pays pour le maintenir là où il est déjà, sinon, aller plus loin. Maintenant s’ils disent qu’ils se retirent, les jeunes gens vont compétir entre eux et le meilleur va gagner. C’est donc un message très fort que nous avons apprécié.

Dans le même temps, votre ancien parti politique traverse des moments assez particuliers avec l’expulsion de la conseillère exécutive du professeur Mamadou Koulibaly, Nathalie Yamb. Quelle lecture faites vous de cette situation, vous, son ancien collaborateur ?

Ce n’est pas une situation exceptionnelle dans tout pays de droit. Ce n’est pas la première fois qu’on voit des personnalités être éconduites. Ni ailleurs, encore moins en Côte d’Ivoire. Il y a eu Kémi Séba à qui on a demandé gentiment de partir de la Côte d’Ivoire,  il y a eu plusieurs cas à travers le monde et le plus récent c’est l’ambassadeur de l’Union Européenne au Bénin. Qui a été prié gentiment de regagner son pays parce que s’immisçant dans les affaires intérieurs de ce pays. Nathalie Yamb que je connais très bien, est de nationalité suisse de par sa mère et camerounaise de par son père. Nationalité qu’elle brandit fièrement, ça il faut le dire et je le lui concède. Ce qui est tout à fait normal car chacun de nous doit être fier de sa nationalité. Mais en même temps, elle tient des propos pas du tout rassembleurs dans le pays qui l’a adoptée. Les propos qu’elle tient sont de nature à mettre à mal la cohésion. Des propos de nature à traiter le président de la République de Côte d’Ivoire, la plus haute personnalité de ce pays, comme un moins que rien. Et cela n’est pas acceptable. Je dirais même que le Gouvernement a été très patient avec elle. Parce qu’elle n’est pas à sa première tentative. Malheureusement, Mamadou Koulibaly pour qui elle est la conseillère ne l’a jamais interpellée et je crois que le Gouvernement, sentant qu’une goute d’eau pourrait faire déborder le vase a décidé de la sortir de la Côte d’Ivoire pour ne pas qu’elle puisse venir parasiter notre vie et la cohésion que nous avons eu tant de mal à retrouver. Son expulsion s’inscrit dans l’ordre normal des choses.

Un mouvement de contestation ou de mécontentement a été constaté au sein du parti que vous avez dirigé, à savoir, Lider. Certes, vous êtes aujourd’hui au Rhdp, mais quelle est votre part de vérité ?

Les mouvements de mécontentements existent à tous les niveaux. Mais je voudrais d’entrée que tout le monde comprenne que nous avons signé notre adhésion au Rhdp parti unifié, j’insiste bien, Rhdp parti unifié. Dès lors que nous avons signé notre adhésion à ce parti, il faut que nous acceptons de renoncer aux privilèges de président de Lider, que nous acceptons de renoncer aux privilèges de secrétaire général ou de Vice-président de Lider ,etc. Aujourd’hui, Lider est un courant de pensée dans le Rhdp. Lider en tant que parti politique n’existe plus dans la mesure où nous sommes désormais au Rhdp. Cependant, on nous concède le fait qu’on a une histoire, on vient de quelque part, c’est de Lider pour être au Rhdp. Pour toutes les questions liées à la vie du parti, à l’endroit des sensibilités militants, sympathisants Lider, on s’adresse à nous. Je voudrais que tout le monde le sache, on appartient désormais au Rhdp et le président du Rhdp s’appelle Alassane Ouattara. Moi je suis membre du bureau politique du Rhdp, ceux qui font le mouvement de contestation sont membres du Rhdp, ce n’est pas le bureau politique de Lider. Par conséquent, on ne peut pas dire qu’on enlève quelqu’un à une place qu’il n’occupe pas. Cependant, je les comprends. Ils sont peut-être pressés, parce que dans tout ce qu’ils disent, ce sont des questions d’argent qui sont avancées, on donne de l’argent au président tous les mois, il ne nous en donne pas, comme si on était venu pour de l’argent. Mais je les comprends, quand la vie est difficile, il y a des questions d’argent à chaque niveau et évidemment on est pressé, on veut vite avoir de l’argent. Moi je dis qu’il faut être patient. Le président Alassane Ouattara ne nous a pas oubliés. Nous sommes l’un des derniers à rentrer dans le Rhdp. Nous avons trouvé une longue liste donc il faut être patient. Le président de la République ne nous a pas oubliés, le Premier ministre ne nous a pas oubliés, notre marraine attitrée la ministre Kandia Camara ne nous a pas oubliés. Au moment venu, nous aurons la récompense des efforts que nous avons consentis. Mais si pour des questions d’argent, ce qui est un peu gênant on commence à dire que le président n’est plus à sa place, ça craint. On doit considérer désormais que dans le Rhdp, c’est le président Alassane Ouattara. Il y a un président du directoire, il y a un directeur exécutif et le Rhdp fonctionne avec des instances  que nous-mêmes nous avons validées le 26 janvier au congrès. Et avant le 26 janvier, nous avons participé dans différentes commissions, aux travaux du congrès. Donc nous savons ce à quoi s’attendre lorsqu’on a décidé d’entrer au Rhdp parti unifié. On ne peut pas me dégager de là où je ne suis même pas. Cependant, j’ai désigné une équipe c’est-à-dire un comité de crise qui va faire la médiation entre les mécontents et nous et vous verrez que très bientôt, tout va rentrer dans l’ordre quand ils comprendront qu’on ne chasse pas Karamoko parce que Karamoko n’est même pas là où ils pensent que je suis. La vie avance.

Réalisé par Aymar Dedi

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